Cuba dans le viseur de Washington : vers une nouvelle crise des Caraïbes ?

Le 1er mai 2026, Donald Trump a signé un décret durcissant les sanctions américaines contre Cuba.

Astrid Hervé·15 mai 2026·3 min de lecture·Dossier de la semaine·
Cuba dans le viseur de Washington : vers une nouvelle crise des Caraïbes ?

Le 1er mai 2026, Donald Trump a signé un décret durcissant les sanctions américaines contre Cuba, ciblant les secteurs de l'énergie, des mines, de la défense et des services financiers. Outre l'embargo en vigueur depuis 1962, Washington impose depuis janvier un blocus pétrolier à l'île, dont l'activité est quasiment paralysée. La nouveauté principale réside dans les sanctions dites « secondaires » : toute banque étrangère entretenant des relations avec le gouvernement cubain s'expose désormais à être blacklistée par les États-Unis.

Le choix de la date n'est pas anodin. Le gouvernement cubain avait mobilisé des centaines de milliers de personnes ce même jour devant l'ambassade américaine à La Havane pour défendre la souveraineté de l'île et dénoncer les menaces militaires de Washington. En répondant par un décret le jour même, Trump envoie un signal politique délibéré, transformant la fête du Travail cubaine en démonstration de fermeté américaine.

Un conflit qui s'inscrit dans la longue durée

Pour comprendre les événements actuels, il faut remonter à 1959. La révolution castriste précipite une rupture radicale avec Washington : en février 1962, les États-Unis décrètent un embargo économique et financier total contre Cuba, ce qui en fait aujourd'hui le plus long embargo commercial de l'époque contemporaine. L'île, historiquement très dépendante du marché américain, se tourne alors vers l'URSS, avant de nouer des liens étroits avec le Venezuela de Hugo Chávez puis de Nicolás Maduro, qui devient son principal fournisseur de pétrole.

Un court dégel a lieu sous Barack Obama, qui rétablit les relations diplomatiques avec La Havane en 2015 et devient le premier président américain à se rendre officiellement à Cuba depuis près de 90 ans. Cet élan est toutefois de courte durée. Dès son premier mandat, Trump revient sur cette ouverture : l'embargo se durcit, de nouvelles sanctions sont décrétées et, neuf jours avant la fin de son mandat, il replace Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme.

Le tournant vénézuélien

La dynamique actuelle s'est accélérée début 2026. En capturant Nicolás Maduro en janvier 2026, Trump a renversé un allié de Cuba, interrompant de facto les livraisons de pétrole vers l'île et accentuant une pression déjà maximale. Privée de son dernier grand fournisseur d'hydrocarbures, Cuba se retrouve dans une situation énergétique critique. La population, déjà épuisée par des années de crise économique et de pénuries d'aliments et d'électricité, est particulièrement exposée.

Des experts de l'ONU ont dénoncé le blocus américain comme équivalant à une « famine énergétique ». Le président cubain Miguel Díaz-Canel a qualifié ces mesures d'« un niveau dangereux et sans précédent » et a appelé la communauté internationale à réagir.

Trump a également durci le ton militairement : il a affirmé lors d'un dîner privé qu'il ferait déployer le porte-avions USS Abraham Lincoln dans les Caraïbes après la fin du « travail » en Iran, à une centaine de mètres des côtes cubaines, ce qui provoquerait selon lui une « reddition ». Le président brésilien Lula, après un entretien à la Maison-Blanche, a affirmé que Trump lui aurait signalé en privé ne pas envisager d'intervention militaire — un signal rassurant, même si les déclarations publiques du président américain continuent d'entretenir le flou sur ses intentions réelles.

Une stratégie aux résultats incertains

Washington affiche un objectif clair : provoquer un changement de régime à La Havane. Mais cette stratégie, vieille de six décennies, a jusqu'ici montré ses limites. Les experts soulignent que le blocus aide, dans un certain sens, le gouvernement cubain en lui servant de justification pour des mesures d'urgence et des pénuries. La pression extérieure renforce ainsi la rhétorique anti-impérialiste du régime autant qu'elle le fragilise.

La crise cubaine illustre la tentation hégémonique de Washington dans les Caraïbes, réactivant les logiques de la doctrine Monroe à l'heure où l'ordre multilatéral vacille. Elle questionne plus largement la politique étrangère américaine : jusqu'où la pression économique peut-elle suffire à faire plier un régime ? Et à quel coût humanitaire ? Soixante ans après le début de l'embargo, la question reste ouverte.

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